Thomas AMADIEU
Professeur associé en management - ESSCA

Parfois vécues comme un signe de réussite ou d'appartenance à une communauté, parfois montrées du doigt et stigmatisées, les addictions sont au cœur de notre société.

La revue "Au fait" dédie son dernier numéro au phénomène des addictions avec un constat alarmant: nous sommes tous devenus addicts. En 50 ans, notre société a évolué d'une société de consommation à une société de surconsommation, qui a elle-même donné naissance à une véritable société d’addiction.

Mais qu’est-ce qu'une addiction ?

« L’addiction se caractérise par l’impossibilité répétée de contrôler un comportement et la poursuite de ce comportement en dépit de la connaissance de ses conséquences négatives. La notion de conduite addictive comprend à la fois les addictions aux substances psychoactives (alcool, tabac, drogues illicites) mais également les addictions comportementales, sans substances psychoactives (le jeu, par exemple). »[1]

Tout un chacun peut se poser la question: suis-je addict, et si oui, à quoi?

aux écrans
à la mode
à la nourriture
au sucre
au jeu
au tabac
à l'alcool
au sport
autre (l’eau, la lecture, le jardinage, etc.)

Quelles que soient vos réponses, ce numéro spécial vous permettra d’y voir plus clair. Neuf experts décryptent pour vous l’histoire des addictions, leur évolution, les mécanismes qui les déclenchent, les techniques parfois déployées pour maintenir votre dépendance et surtout l’impact de ces addictions sur votre vie quotidienne.

Parmi ces spécialistes, Thomas Amadieu, sociologue et chercheur à l'ESSCA, revient en détail sur l’addiction aux jeux d’argent et de hasard. Il décrypte pour nous les différentes facettes des jeux et explique comment l’addiction se met en place et quelles stratégies sont utilisées par les sociétés de jeu pour accentuer la dépendance.

« Oui (l’addiction au jeu se fabrique, NDLR), et avec un ressort économique qu’on comprend facilement, puisque les gains des opérateurs de jeux dépendent des sommes engagées par les joueurs. Mieux, ou pire, 40% de leurs ressources, de leurs revenus, sont générés par les joueurs dépendants, par ceux en situation d’addiction…. Les connaissances acquises sur le fonctionnement du cerveau humain, notamment dans le domaine des sciences cognitives, aident évidemment. D’ailleurs, les opérateurs de jeux ont embauché des scientifiques dont le métier est de comprendre le fonctionnement du cerveau et d’en tirer des conséquences pour la conception des jeux. »

Thomas Amadieu revient également sur les conséquences de l’addiction aux jeux. Il souligne le rôle de l’Etat, des sociétés de jeux et de leurs actionnaires et insiste sur la dimension sociale des jeux accentuée par le contexte de crise du pouvoir d’achat :

« Il est indéniable que ces jeux visent un public populaire qui, dans le contexte économique général, espère en profiter. D’ailleurs, en règle générale, les joueurs issus de milieux populaires dépensent davantage en proportion de leurs revenus. Qui plus est, la consommation de ces jeux est corrélée avec le niveau de revenu, le niveau d’étude. Elle augmente avec le niveau de précarité, et les joueurs en situation de fragilité financière vont avoir davantage de risques de perdre tout contrôle. Dans les jeux d’argent, les problématiques de frustration sociale ou d’angoisse statutaire – on ne dispose pas de la position sociale ou du niveau de consommation auxquels on aspire – sont clairement des facteurs aggravants… »

Dans cette interview, il est également question des différentes formes de jeux, de leur évolution et des perspectives, notamment en ce qui concerne les jeux vidéo :

« A priori, il n’y a pas de dimension financière aux jeux vidéo car ils sont gratuits. Mais il existe une réelle dimension d’addiction, chez les jeunes notamment. Les addictologues reçoivent de plus en plus d’ados accros aux jeux vidéo dans leur cabinet. Mais ce qui est intéressant, et qui nous ramène à l’argent, c’est l’hybridation qui s’opère avec les jeux d’argent. »

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’éditeur Cent Mille Milliards.
A lire en intégralité dans le n°10 de la revue "Au Fait" : "Addicts - De la société de consommation à la société d'addiction"

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